Images de la chambre d’enfant : histoire d’un décor mural

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La chambre d’enfant, deux siècles d’images : les deux murs de l’enfance

Longtemps, l’enfant n’a eu que les murs de la maison : saints, complaintes, images du colporteur. Le mur fait pour lui, papier peint et frise d’une chambre à soi, s’est dessiné dans les maisons aisées, sur le modèle anglais, avant de se répandre après 1945. Ce dossier suit ces deux murs.

La chambre d’enfant, deux siècles d’images : les deux murs de l’enfance

Sur une cloison de bois, à l’étage d’une maison abandonnée de Bessans, en Savoie, on a retrouvé soixante images collées, datées du tout début du XVIIe siècle au début du XIXe. Le musée de l’Image d’Épinal les a montrées en 2018 et 2019 : des images pour tous ceux qui vivaient là. En mai-juin 1910, la revue L’Art et l’enfant propose à ses sociétaires, pour 4 francs, une frise de 26 centimètres sur 3,60 mètres dessinée par le peintre Fernel, « pour les chambres des enfants » : un mur fait exprès pour eux.

Il y a eu deux murs d’enfance. Pour le plus grand nombre, l’image venait du colporteur, de l’école et de l’Église, et s’accrochait aux murs de la maison, là où l’on vivait. Le mur fait pour l’enfant, papier peint et frise d’une chambre à lui, s’est dessiné dans les maisons aisées, sur le modèle anglais, et n’est devenu une réalité pour beaucoup qu’après la Seconde Guerre mondiale.

Le mur de la maison

« Peu de chaumières où la légende pieuse, la complainte, les représentations de saints ou de saintes, la facétie gauloise et parfois morale n’occupassent sur les murailles la place la plus en vue », écrit Champfleury en 1888. Le colporteur passait au village : il vendait « aux femmes la représentation de leurs saintes patronnes » et « aux enfants des planches de soldats ». Ces images venaient d’ateliers de Paris, d’Orléans, de Chartres, puis, au XIXe siècle, d’Épinal, de Nancy, de Metz, de Montbéliard ou de Wissembourg. À Épinal, la famille Pellerin, cartiers installés en 1735, s’est lancée dans l’image à la fin du XVIIIe siècle (en 1782 selon la notice de la Bibliothèque nationale consacrée à Jean-Charles Pellerin).

Ce mur-là change de nature. Selon le musée de l’Image, la production des images « destinées à être accrochées au mur » s’est « peu à peu tarie au cours du 19e siècle », au profit des images à lire. Et selon l’historien Sylvain Lesage, les histoires en vignettes apparaissent chez Pellerin vers 1840, quand la maison se consacre « de plus en plus à l’éducation des enfants ».

L’image d’école

L’école donne aussi ses images. Dans les années 1880, le Dictionnaire de pédagogie range le bon point parmi « tout cet appareil de petits artifices » de la classe ; à Sannois, dès 1875, des bons points-centimes se convertissent en dépôts à la caisse d’épargne scolaire. Le 12 mai 1880, un rapport du directeur de l’enseignement primaire demande s’il serait impossible de substituer « aux images niaises, aux bons points » des gravures de récompense, dont la plus grande, « soigneusement conservée par les familles », introduirait « dans les plus humbles demeures comme un reflet des musées ». Aucune source lue ne dit où ces images finissaient dans la maison.

L’image enseigne la conduite. Dans la planche « Jean le Liseur » (1869), le maître présente en exemple l’enfant qui lit ; pour l’universitaire Jean-Marie Privat, l’imagerie « républicaine » relaie alors « une vaste campagne contre l’ignorance ».

Une chambre pour l’enfant

En 1871, le médecin Jean-Baptiste Fonssagrives veut pour la chambre d’enfants, « nid d’âmes » (le mot est de Victor Hugo), « une place privilégiée », du soleil et de l’air ; il demande qu’on sépare les enfants « suivant le sexe » quand ils grandissent, et ne dit rien des images. Les promoteurs de la chambre d’enfant « obéissaient à des préoccupations d’hygiène physiologique et sexuelle, de sécurité et d’éducation morale », résume l’historienne Annie Renonciat. Selon elle, les plans d’architectes désignent cette pièce « à partir des années 1870 », et elle concerne « plutôt la bourgeoisie moyenne ».

Dans les plans parisiens de 1880 à 1914 étudiés par Monique Eleb-Vidal et Anne Debarre-Blanchard, la chambre de l’enfant est souvent reliée à celle de la mère. Vers 1907, un comité des habitations à bon marché de la Seine met au programme d’une exposition des mobiliers complets avec « chambre d’enfants » ; au concours de 1913, les « chambres d’enfants » des logements ouvriers comptent souvent deux lits. Une chambre, pas encore une chambre à soi.

La nursery anglaise

En Angleterre, « Many middle-class homes in the later 19th century had a nursery », rappelle le Victoria and Albert Museum, qui conserve des papiers peints de nursery à images datés vers 1850-1875. L’illustrateur Walter Crane raconte avoir dessiné son premier papier de nursery en 1875 ; imprimé en 1876 par Jeffrey & Co, il met au mur des comptines. Sa « Sleeping Beauty », datée de 1879, entre ensuite dans une gamme que le fabricant vante sans arsenic et lavable ; en 1893, un papier tiré de l’almanach de Kate Greenaway se dit « sanitaire ». Selon le musée, on jugeait convenables pour la nursery les sujets « educational or morally improving ». Le mur d’enfant est déjà un décor qui instruit et qui amuse, comme le papier peint panoramique racontait déjà des voyages.

La France rattrape

En France, des papiers peints pour chambres d’enfants existent dès la seconde moitié du XIXe siècle, mais leur production reste « modeste jusqu’à la Première Guerre mondiale », selon Isabelle Dubois-Brinkmann, citée par Annie Renonciat. En septembre 1902, la revue Art et Décoration constate : « On se préoccupe trop peu chez nous, à notre avis, de l’ornementation des chambres d’enfants » ; « Les Anglais l’ont bien compris », et elle ouvre un concours de papier peint « imprimé mécaniquement ». Aux Salons suivants, la chambre d’enfant de M. Sauvage paraît « plus sévère qu’une pareille pièce ne doit être » (1903) ; Cauvy montre « trois frises pour chambres d’enfants très curieuses et amusantes » (1904).

André Hellé (1871-1945) va plus loin. Selon Annie Renonciat, il dessine en 1910 « les premières chambres entièrement conçues pour les enfants », mais leur prix élevé les « réservent à une clientèle fortunée ». Au Salon d’automne de 1911, Art et Décoration décrit sa chambre : petit lit, armoire à jouets, arche de Noé, et « La frise qui entoure la pièce ». Un an plus tôt, L’Art et l’enfant jugeait encore la question des chambres d’enfants « pas encore très avancée, du moins en France ».

La chambre des manuels, le rose et le bleu

Les livres d’école dessinent leur propre chambre d’enfant. Annie Renonciat relève dans un imagier « une gravure encadrée au dessus de son lit, élément que nous retrouverons dans toutes les représentations de la chambre d’enfant », et, dans un manuel catholique de 1913, « statuette de la Vierge, crucifix, bénitier, gravure représentant Vierge à l’enfant ». C’est l’image qu’on donnait de la chambre, pas un inventaire des chambres réelles.

Les couleurs aussi sont prescrites. En 1852, un manuel de la maîtresse de maison double les bonnets de layette « de satin rose s’il s’agit d’une petite fille, et de satin bleu s’il s’agit d’un garçon ». Pour le chercheur Kévin Bideaux, cette association « n’a rien de naturel ni d’évident », et le prétendu renversement du rose et du bleu reste sans preuve suffisante. Sur une planche scolaire d’après-guerre, les murs de la chambre d’une fillette sont roses, « couleur qui s’impose désormais pour les fillettes sur le modèle américain » (Annie Renonciat).

Sages comme des images

L’image destinée aux enfants n’a pas seulement enchanté : elle a aussi menacé. Selon Sylvain Lesage, Pellerin publie des récits « incitant les enfants désobéissants à être sages sous peine des pires châtiments » : dans « Les petits garçons turbulents » (1843), un garçon qui jette des pierres tue sa mère cachée derrière un buisson. En 1888, Champfleury écrit que « l’imagerie populaire doit être patriotique » et rêve d’images « qui entreraient dans l’esprit des enfants par les yeux ». Pendant la Grande Guerre, Catherine Frichet et Hélène Veilhan relèvent dans les illustrés pour la jeunesse « l’invasion progressive de la culture de guerre ». La réclame a eu ses enfants sages, et l’imagerie coloniale ses stéréotypes, que nous avons évoqués dans l’affiche réclame.

Une limite demeure : dans les sources lues, ce sont toujours des adultes qui parlent du mur des enfants, médecins, pédagogues, critiques, éditeurs. Aucune ne donne la parole à l’enfant qui le regardait.

La chambre pour beaucoup

Avant 1945, selon Annie Renonciat, l’usage d’attribuer une chambre à l’enfant « n’est pas encore généralisé » ; c’est après la Seconde Guerre mondiale, « peu à peu, avec la construction des grands ensembles », qu’elle devient « une réalité pour beaucoup d’enfants ». En 2006 encore, selon l’INSEE cité par Sébastien Long, seuls 45 % des enfants des familles de trois enfants avaient la leur. Et jusqu’aux années 1970, le papier peint de la chambre « témoigne de la perception qu’a l’adulte de l’enfant », écrit Isabelle Dubois-Brinkmann, citée par Renonciat : c’est ensuite seulement que l’enfant, surtout l’adolescent, choisit son décor.

Deux murs d’enfance

Deux murs d’enfance : ce qu’on accrochait, où et pour qui, selon les sources citées (France, sauf mention)
Image ou décorQui la fabrique ou la donneOù on la metPour quiDates attestéesSource
Saints, légendes pieuses, complaintesImagiers de Paris, Orléans, Chartres, puis de l’Est ; vendues par le colporteurSur les murs des chaumières, « la place la plus en vue »La maisonnée ; aux enfants, le colporteur vend des planches de soldatsXVIIIe et XIXe sièclesChampfleury, 1888
Soixante images populaires colléesImagiersUne cloison de bois d’une maison de Bessans (Savoie)Les habitants de la maisonDébut du XVIIe au début du XIXe siècleMusée de l’Image, Épinal, 2018
Gravure donnée en récompense (projet)L’école, sur un projet de l’administration« Conservée par les familles », dans « les plus humbles demeures »L’écolier et les siens1880Rapport du 12 mai 1880
Papier peint de nursery : comptines, contesWalter Crane, pour un fabricant londonienLes murs de la nursery (Angleterre)Les enfants des maisons de la classe moyenne1876, 1879Victoria and Albert Museum
Papier peint et frises pour chambre d’enfantArtistes appelés par concours, sur le modèle anglaisLa chambre d’enfant, « à la suite des habitudes déjà prises en Angleterre »Les familles lectrices d’une revue d’art décoratif1902Art et Décoration, 1902
Frise de 0,26 sur 3,60 mLe peintre Fernel ; vendue 4 francsLes chambres d’enfants, question « pas encore très avancée, du moins en France »Les sociétaires d’une société d’éducation esthétique1910L’Art et l’enfant, 1910
Chambre complète, meubles et friseAndré HelléSalon d’automne ; réservée, par son prix, à une « clientèle fortunée »Les enfants des familles aisées1910-1911Art et Décoration, 1911 ; A. Renonciat
Crucifix, bénitier, gravure de la Vierge à l’EnfantUn manuel de lecture de l’enseignement catholiqueLa chambre d’un garçonnet, telle que le manuel la dessineL’écolier lecteur1913A. Renonciat
Frise et murs peints en roseUne planche scolaireLa chambre d’une fillette, quand la chambre d’enfant devient « une réalité pour beaucoup d’enfants »Les fillettes : le rose « s’impose désormais »Après 1945A. Renonciat

Emplacements et destinataires tels que les rapportent ces sources ; ils ne valent pas pour toutes les familles. Les lignes tirées de manuels scolaires décrivent des images de chambres, non des chambres réelles.

Ce que nous en faisons, et ce que nous ne faisons pas

Nos affiches de l’enfance montrent, elles aussi, une enfance rêvée : un lit de fer blanc, un ange gardien au mur, un écolier sage, une cour de récréation au printemps. Nous le savons ; c’est souvent ce qu’on vient y chercher. Aucune ne reproduit une image ancienne : les maisons et les éditeurs qu’elles mettent en scène sont inventés, jusqu’à leurs dates. L’intelligence artificielle fait partie de nos outils de dessin ; l’image est ensuite reprise et préparée pour l’impression. « Vintage » y désigne un style, pas un âge.

Nos affiches sont imprimées sur papier ou en plaque décorative vintage, nos fresques et nos papiers peints à la commande, à Saint-Rémy-de-Provence, en impression numérique grand format. Pour le mur d’une chambre d’aujourd’hui, nous avons dit comment choisir une fresque qui grandit avec l’enfant ; nos images de l’enfance et de ses lieux prolongent l’autre mur, celui des souvenirs.

Sources

Dossier établi en août 2026.

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