Raccord
Définition Lexique du décor mural
Action de joindre des éléments séparés pour qu’ils se prolongent l’un l’autre sans rupture ; par métonymie, l’endroit même de cette jonction. L’Académie française donne précisément pour exemple « le raccord de pièces métalliques, de lés de papier peint ». En pose murale, le raccord désigne la façon dont le motif d’un lé se poursuit sur le lé voisin.
En 1903, Maurice Pillard Verneuil groupe les raccords « en deux classes principales ». Dans le raccord droit, écrit-il, « le motif initial se raccorde avec le motif placé directement au-dessous de lui. De même, il se raccorde à droite et à gauche avec ce même motif placé à la même hauteur ». Dans le raccord alors dit en sautoir, le motif se raccorde au-dessus et au-dessous de lui, mais, pour se raccorder latéralement, il est « forcé de glisser, et d’arriver à une hauteur déterminée à l’avance; à la moitié, au tiers, ou toute autre hauteur du motif initial ». Gustave Fraipont, en 1909, juge les raccords inévitables dans les applications industrielles et cite expressément les papiers peints ; il place le sautoir à la moitié de la hauteur.
Raccord sauté : l’expression figure, en italique dans le texte, dans le règlement d’un concours de modèles de papier peint ouvert par la Société Isidore Leroy et publié par Le Moniteur du dessin : le raccord en largeur peut se faire « suivant l’horizontale (...) ou suivant des lignes obliques comme dans le schéma n° 3, qu’on appelle raccord sauté ». Selon la légende des symboles du fabricant Erismann, le raccord droit impose de coller les motifs identiques côte à côte à la même hauteur, et le raccord sauté un décalage d’une demi-hauteur sur le lé suivant. Selon le distributeur Papiers Peints Direct, les motifs identiques se retrouvent alors à la même hauteur sur les lés 1 et 3, puis 2 et 4, et le raccord se note sous forme double, par exemple 32/64 centimètres.
Autres cas : le raccord libre ne demande aucune correspondance de motif (Erismann, Papiers Peints Direct). La pose en lés inversés consiste à poser un lé sur deux en sens inverse du précédent (mêmes sources). Le musée des Arts décoratifs de Paris catalogue ses papiers peints sous les dénominations « à raccord droit », « à raccord sauté » et « à raccord libre », et indique pour chacun la hauteur et la largeur « du rapport » (32 cm de haut pour le modèle à raccord sauté d’Ugépa).
Divergence à connaître : le décalage du raccord sauté n’est pas toujours d’une demi-hauteur. Erismann l’indique à la moitié, Verneuil admet la moitié, le tiers ou toute autre hauteur.
Norme : la norme européenne EN 235 comportait, dans sa version française de 1989 (Revêtements muraux en rouleaux, vocabulaire et symboles, depuis annulée et remplacée), un chapitre « Termes relatifs aux raccords et dessins » (sommaire, fiche AFNOR) ; le contenu des éditions suivantes n’a pas été vu. Son texte n’est pas en accès libre et n’a pas été consulté : aucune de ses définitions n’est reprise ici.
Période d’apparition
le sens général « liaison entre deux parties, deux éléments séparés » est attesté avant 1589 chez Bernard Palissy, qui parle déjà du « racord des figures » de tables jointes dont le décor doit se poursuivre ; raccord de peinture en 1835 (Académie, selon le TLFi). Pour le papier peint, raccord droit et raccord en sautoir figurent en 1897, à côté d’un troisième type, le raccord à retour, dans une conférence d’Ed. Couty sur « la décoration des tissus et du papier de tenture » ; l’Académie enregistre « Un raccord de papier de tenture » dans sa 8e édition (tome 2, 1935), alors que les éditions de 1835 et 1878 ne le donnaient pas ; raccord sauté apparaît dans le volume du Moniteur du dessin couvrant avril 1926 à mars 1928. Ce sont les plus anciennes occurrences relevées par recherche plein texte dans Gallica, et non des premières attestations établies. Aucun lien de filiation entre sautoir et sauté n’est prouvé.
Sources
Académie française, 9e éd., RACCORD, dictionnaire-academie.fr ; CNRTL, raccord (TLFi, Littré, Académie 8e éd.), cnrtl.fr ; Ed. Couty, Revue des arts décoratifs, t. 17, 1897, p. 178, gallica.bnf.fr ; Maurice Pillard Verneuil, Étude de la plante, 1903, p. 84-85, gallica.bnf.fr ; Gustave Fraipont, Premiers éléments d’art décoratif, 1909, p. 73 et 79, gallica.bnf.fr ; Le Moniteur du dessin, concours de la Société Isidore Leroy, p. 72, gallica.bnf.fr ; Musée des Arts décoratifs, collections.madparis.fr, collections.madparis.fr et collections.madparis.fr ; Erismann (fabricant), erismann.de ; Papiers Peints Direct (distributeur), papierspeintsdirect.com et papierspeintsdirect.com ; AFNOR, NF EN 235, boutique.afnor.org (sommaire seul, texte non consulté)