Il y a, dans presque chaque commerce du Pays d’Arles, une pile de journaux gratuits près de la caisse. On les prend sans y penser, on les glisse sous le bras avec le pain, et on les lit le soir, distraitement, pour savoir qui expose, qui ouvre, qui reprend l’atelier de son père. C’est une presse modeste et têtue, qui parle de gens que l’on croise vraiment. En octobre, nous y serons : une pleine page de Farandole portera notre nom, et le texte qui l’accompagne, c’est l’atelier qui l’écrit.
Disons d’abord comment cela s’est passé
Une maison dont le métier est d’inventer des marques a plus de devoirs qu’une autre envers la vérité. Alors soyons nets : aucune rédaction ne nous a distingués, nous avons acheté un espace. Nous avons signé un encart publicitaire d’une pleine page dans le numéro d’octobre, et la parole rédactionnelle qui l’accompagne fait partie de l’accord. Le texte sera écrit par nous, pas par un journaliste. Ce n’est donc ni un scoop ni une récompense : c’est un investissement, décidé et assumé, pour se faire connaître sur son propre territoire.
Nous aurions pu écrire « le journal Farandole nous consacre un article ». C’aurait été plus flatteur, et légèrement faux. Nous préférons la version exacte, pour une raison simple : nos affiches sont des inventions déclarées, notre maison ne l’est pas. Si nous commencions à arranger notre propre histoire, pourquoi nous croirait-on quand nous disons qu’une réclame n’a jamais existé ?
Il y a d’ailleurs un avantage à cette franchise. Puisque nous tenons la plume, personne ne racontera notre travail à notre place, ni ne résumera trois cents réclames en deux lignes mal comprises. Cette page dira ce que nous faisons, avec nos mots, et nous en répondrons.
Farandole, un journal que l’on ne cherche pas, que l’on trouve
Farandole est un mensuel gratuit édité par l’association ADICT, hébergée par la Chambre de commerce et d’industrie du Pays d’Arles. Il est tiré à 35 000 exemplaires et déposé dans plus de 750 points de dépôt, sur les Bouches-du-Rhône, le Gard, le Var et le Vaucluse. Ce sont des chiffres de province, et c’est précisément ce qui nous plaît : ils correspondent à des comptoirs, des offices de tourisme, des salles d’attente, des boulangeries. Un territoire qui se lit lui-même, sans passer par personne.
- Un mensuel gratuit, édité par l’association ADICT.
- Hébergée par la Chambre de commerce et d’industrie du Pays d’Arles.
- 35 000 exemplaires, plus de 750 points de dépôt.
- Quatre départements : Bouches-du-Rhône, Gard, Var et Vaucluse.
Nous avons une tendresse particulière pour ce genre de publication. Un journal gratuit ne s’impose à personne : il attend sur un présentoir qu’une main le prenne. C’est une lecture volontaire, sans algorithme et sans notification, et elle ressemble beaucoup à la manière dont on découvre une affiche accrochée dans un couloir.
Le sujet que nous avons choisi
Nous aurions pu parler de la presse, des encres, des supports. C’est le réflexe de tout imprimeur, et c’est aussi le plus ennuyeux des sujets pour qui n’imprime pas. Nous avons préféré celui qui nous ressemble le mieux : les marques provençales qui n’ont jamais existé. Plus de trois cents réclames dessinées pour des maisons imaginaires des années 1930 à 1950, avec leur nom, leur devise, leur ville et leur graphisme, toutes inventées de la première lettre à la dernière. Aucune n’a jamais tenu boutique, aucune n’a jamais rempli une bouteille ni pesé un fromage, et pourtant il nous arrive régulièrement qu’un visiteur jure se souvenir de l’une d’elles.
Pourquoi celui-là plutôt qu’un autre
Parce qu’il pose une vraie question, et qu’une question vaut mieux qu’une plaquette. Pourquoi inventer, quand il serait tellement plus simple de reprendre les affiches qui existent déjà ? Notre réponse tient en une phrase : une image qui n’a jamais existé laisse toute la place au souvenir de celui qui la regarde. Elle ne dit pas ce qu’il faut se rappeler, elle ouvre une porte. Devant ces réclames, les visiteurs de l’atelier nous racontent le plus souvent une cuisine, une épicerie, une odeur, et jamais une marque. C’est exactement ce que nous cherchons.
Ce que vaut une page, pour un atelier de zone d’activité
La zone de la Gare n’est pas un endroit romantique. C’est un alignement de hangars, de portes sectionnelles et de camionnettes, et l’on y passe sans imaginer qu’une presse y tire des affiches et des fresques panoramiques toute la journée. Une page dans le journal du territoire, ce n’est pas un trophée : c’est une adresse donnée à des voisins. Cela veut dire qu’un habitant d’Eyguières ou de Beaucaire, un jour d’octobre, en tournant une page entre deux rendez-vous, découvrira qu’on fabrique ce genre de choses à vingt minutes de chez lui. Pour une maison de 2022, encore jeune sous son nom, c’est beaucoup.
Nous savons aussi ce qu’une page ne fait pas. Elle ne remplit pas un carnet de commandes et ne remplace pas une poignée de main. Elle donne un nom, une rue, une image, et laisse chacun libre de pousser la porte ou non. C’est tout ce que nous lui demandons.
Le territoire fait déjà partie du travail
Nos maisons imaginaires portent des noms qui sonnent d’ici, et ce n’est pas un hasard. Les Alpilles, le Mont Gaussier, la garrigue, le mistral, les marchés du matin, les vergers d’arrière-saison : tout cela finit par entrer dans un nom de marque ou dans une devise. Nous ne prétendons pas documenter la Provence, nous en attrapons le ton. Présenter ce travail à des lecteurs qui connaissent ces lieux mieux que nous est à la fois plaisant et un peu intimidant, ce qui est plutôt bon signe.
Le numéro d’octobre, et la porte d’à côté
Nul besoin d’attendre le journal pour venir voir. L’atelier et le showroom sont au 18A avenue Albin Gilles, ZA de la Gare, 13210 Saint-Rémy-de-Provence, du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h, et le samedi de 9 h à 12 h. Le téléphone, c’est le 04 90 15 42 31. On y voit les affiches en vrai, on y sent le papier, et l’on peut demander, devant n’importe quelle réclame : celle-là, elle a existé ? La réponse est non, et c’est en général là que la conversation commence.
Octobre est aussi le mois où nous offrons les frais de port Colissimo sur toutes les commandes. Pour ceux qui découvriront la maison par une page de journal et qui habitent trop loin pour passer, c’était la moindre des choses.