Le coin lecture : accrocher à hauteur d’œil assis

Le Cahier

Déco & inspiration 6 min de lecture

Le coin lecture : le mur qui donne envie de s’asseoir

La rentrée ramène l’envie de s’asseoir et de lire. Choisir le mur derrière le fauteuil, accrocher à hauteur d’œil assis, s’accorder aux reliures : composer un vrai coin lecture.

Le coin lecture : le mur qui donne envie de s’asseoir

Il y a dans chaque maison un fauteuil qui attend. Septembre le rend soudain d’sirable : la lumière baisse d’un ton, les soirées se referment plus tôt, et revient l’envie de s’asseoir pour de bon, une lampe allumée, un livre ouvert sur les genoux. Pourtant ce fauteuil est le plus souvent posé là par défaut, contre un mur nu, à côté d’une bibliothèque qui déborde et d’une pile qu’on se promet de ranger. Un coin lecture ne se décrète pas, il se compose : un mur, une hauteur, une lumière, un accord discret avec le dos des livres. Rien de compliqué, mais quelques gestes précis qui font toute la différence entre un siège qu’on contourne et un siège où l’on s’installe.

Ce n’est pas un bureau, et cela change tout

La tentation est grande de traiter le coin lecture comme un poste de travail en miniature. C’est l’erreur fondatrice. Un bureau demande de la netteté : on y veut des images franches, du contraste, quelque chose qui réveille. Un coin lecture demande exactement l’inverse. Le regard doit avoir le droit de dériver, de quitter la page trois secondes et de se poser sur une image qui ne réclame rien. Pas de pense-bête, pas de calendrier, aucune phrase à méditer. On choisit des visuels qui ouvrent une fenêtre plutôt qu’ils ne rappellent une tâche : un horizon lointain, une réclame ancienne pour un voyage qui n’a jamais eu lieu, une planche de fruits dessinée avec patience. La lecture est une échappée : le mur doit y participer, jamais la contredire.

Le mur derrière le fauteuil

Il y a un paradoxe amusant : le mur derrière le fauteuil, le lecteur ne le voit jamais. C’est pourtant celui qui fait exister le coin aux yeux du reste de la pièce. Sans lui, un fauteuil isolé n’est qu’un meuble égaré ; avec lui, il devient une adresse. Composez un ensemble resserré plutôt qu’une constellation dispersée : l’effet recherché est celui d’une alcôve, d’un renfoncement de couleur qui enveloppe les épaules. Une règle simple donne presque toujours raison : la composition ne doit pas déborder de plus de vingt centimètres la largeur du fauteuil, de chaque côté. Au-delà, l’ensemble se délite et le siège cesse d’être le centre. Si le mur est clair, une seule image à fond sombre suffit souvent à creuser ce nid ; s’il est déjà soutenu, deux ou trois pièces à palette resserrée valent mieux qu’une accumulation.

La hauteur d’accrochage se mesure assis

Voici le point que l’on dit rarement, et que l’on rate le plus souvent. On accroche par habitude à hauteur d’œil debout, centre de l’image entre cent cinquante et cent cinquante-cinq centimètres du sol. Dans un coin lecture, cette hauteur est fausse. Assis dans un fauteuil profond, l’œil retombe à cent cinq, parfois cent dix centimètres du sol seulement. Une image accrochée pour un corps debout flotte alors au-dessus de la tête et reste hors du champ. Pour le mur que le lecteur regarde, celui d’en face ou celui de côté, visez un centre situé entre cent vingt et cent trente centimètres. Pour le mur du dossier, qui sert la pièce et non le lecteur, laissez respirer vingt à vingt-cinq centimètres entre le haut du dossier et le bas du premier cadre. Le geste juste ne coûte rien : asseyez-vous vraiment, tendez le bras, faites marquer la hauteur au crayon par quelqu’un. Le mètre ruban ment moins que la mémoire.

S’accorder avec les reliures

Une bibliothèque est déjà un décor, et un décor particulièrement bavard : des centaines de dos, des jaunes criards de collections de poche, des blancs de maisons littéraires, du rouge, du vert bouteille, quelques tranches dorées. Deux stratégies fonctionnent, et une seule à la fois. La première consiste à accompagner : on retient les deux ou trois teintes réellement dominantes des rayonnages et on choisit des images qui les reprennent, ce qui fait passer les livres du statut de désordre à celui de matière. La seconde consiste à apaiser : on va chercher des visuels à palette tenue, ocre, crème, bleu de nuit, terre brûlée, qui calment le bruit chromatique du mur de livres. Une astuce de libraire pour finir : tout n’a pas à être accroché. Une affiche en petit format, simplement posée contre les volumes sur une étagère à mi-hauteur et légèrement de biais, crée un point d’arrêt qui vaut tous les clous.

La lumière rasante de l’automne

À partir de septembre, le soleil descend et entre autrement. Il ne tombe plus d’aplomb, il frôle. Cette lumière rasante est une chance : elle révèle ce qu’un éclairage de midi écrase. Sur une affiche imprimée sur papier satin 150 g, elle fait apparaître le grain et la densité des aplats ; sur une plaque décorative vintage en aluminium Newbond de deux millimètres, elle accroche le léger relief des bords et donne à la pièce une présence d’objet, pas de simple image. Restent deux précautions. Un cadre sous verre placé exactement face à la fenêtre vous renverra la baie entière et rien d’autre : décalez-le de trente centimètres, ou tournez le fauteuil d’un quart. Et pour la lampe, placez-la à côté et légèrement en arrière de l’épaule, jamais face au lecteur, avec une température chaude autour de deux mille sept cents kelvins. C’est la page qu’il faut éclairer, pas le visage.

Quelles images pour un mur de lecture

Le sujet compte moins que la promesse qu’il contient. Voici les familles qui tiennent le mieux dans un coin lecture, parce qu’elles racontent sans exiger d’attention.

  • Lettres, Cinéma et Imaginaire : les réclames de salles, d’éditions et de collections inventées font écho aux livres sans les redoubler. À parcourir dans notre univers Lettres, Cinéma et Imaginaire.
  • Jules Verne : le Nautilus, le ballon, le phare du bout du monde. Une série entière de Voyages Extraordinaires qui installe l’idée du départ juste au-dessus du fauteuil.
  • Imagerie et éditions anciennes : couvertures de bibliothèques d’enfance, albums, contes du Mistral. Le clin d’œil est direct et la palette, souvent douce, s’accorde d’instinct aux reliures.
  • Botanique : planches de fruits, d’herbes et de feuillages, à retrouver dans la collection Botanica. C’est la famille la plus calme de la galerie, celle qui repose l’œil entre deux chapitres.

Ce qui achève le coin

Le mur fait la moitié du travail ; le reste tient à trois objets. Un tapis, même petit, pour délimiter le territoire au sol et empêcher le fauteuil de dériver visuellement dans la pièce. Une surface à portée de main, tablette ou guéridon, assez large pour une tasse et un livre retourné, assez basse pour qu’on n’ait pas à se soulever. Une couverture pliée sur l’accoudoir, qui dit sans un mot que le siège est fait pour durer une heure et non trois minutes. Ajoutez-y le silence relatif d’un angle de pièce plutôt que le passage d’un couloir, et le coin lecture cesse d’être un projet de rentrée pour devenir, dès la première soirée fraîche, l’endroit où l’on se retrouve sans y penser.

La sélection de l’atelier

Affiches, plaques et objets de la Manufacture en écho à cette page.

Signé — Manufacture Arssans, atelier de Saint-Rémy-de-Provence.

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